CEDES

CEDES en point de mire

L'actualité du 15 février 2012

Elisa BRUNE

Nous vous parlions dernièrement de la sortie imminente d’un nouveau livre intitulé « La révolution du plaisir féminin » à paraître aux éditions Odile Jacob.

En avant-première et en exclusivité, nous sommes heureux de pouvoir vous partager deux de ses chapitres consacrés aux approches sexothérapeutiques développées par le CEDES.

Nous remercions chaleureusement Elisa pour la faveur qu’elle nous accorde et lui souhaitons, d’ores et déjà, tout le succès qu’elle mérite.

 

Chapitre 55

Le chaînon manquant


Je pensais qu’il n’y avait pas de lien possible entre les démarches corporelles, érotiques, et les démarches thérapeutiques, médicales. Pas de charnière entre la deuxième et la troisième partie de cet ouvrage. Chaque femme qui voudrait développer la qualité de sa sexualité est livrée à un choix difficile : se lancer dans des expérimentations personnelles au petit bonheur la chance, ou bien entrer dans une démarche thérapeutique verbale, avec peut-être des palpations médicales et des exercices de relaxation, mais rien qui engage le corps pour de bon et concrètement dans la découverte de son potentiel érotique. La première option vous expose à tous les risques du hasard et de l’inconnu, que vous devrez assumer dans une totale solitude car personne ne vous soutient – vous interpréterez ce que vous vivez comme bon vous semble. La seconde option vous encadre, oui, mais sur un plan tellement théorique qu’il risque de ne rien se passer dans votre vie. Si vous ne traduisez pas vous-mêmes les pistes qu’on vous donne en comportements effectifs, vous pouvez pratiquer le surplace thérapeutique pendant de longues années.

Les seules exceptions dans ce vaste tour d’horizon sont les assistants et les substituts sexuels qui pratiquent, dans certains pays, des gestes érotiques dans un cadre médical ou thérapeutique, mais dans des cas tellement spécifiques que cela ne peut concerner la sexualité des femmes « ordinaires », celles qui vont plus ou moins bien mais qui pourraient aller beaucoup mieux.

Et puis je suis tombée sur la perle rare. Le chaînon manquant qui rassemble l’expérience et la verbalisation, et qui s’adresse potentiellement à toute une chacune. Je l’ai trouvé en la personne de Thierry Raes, qui habite à Mont-Saint-Guibert, un petit village à vingt kilomètres de Bruxelles et que je connais depuis six ans (comme quoi, pas besoin d’aller jusqu’à Los Angeles). J’ai découvert le massage tantrique avec lui en 2006, pour les colonnes d’un magazine féminin. Quatre ans plus tard, je décrivais avec gourmandise le déroulement d’un massage dans les dernières pages du Secret des femmes. Aujourd’hui, je lui demande s’il peut répondre à mes questions sur le plaisir féminin, et il m’explique qu’il a modifié sa perspective et travaille en synergie avec des sexologues et thérapeutes. C’est donc possible ? Oui, il suffit de le décider.


Les limites du langage

Dès 2006, Thierry entamait une réflexion personnelle sur le sens thérapeutique de son travail. En 2007, il rencontre au sein d’une session de massage tantrique, Dominique Delrot, psychothérapeute et sexologue. Elle comprend immédiatement l’impact que peut avoir Thierry en travaillant par le corps, là où la plupart des thérapeutes mobilisent uniquement la relation verbale. Combiner les deux démarches serait une excellente solution dans certains cas, la plus riche, la plus complète, la plus efficace. C’est pur bon sens. Comme le rappelle Thierry, on n’apprend pas à skier ou à conduire une voiture rien qu’en écoutant les instructions d’un professeur. Il faut se confronter à la réalité, il faut inscrire des apprentissages dans le corps. Mais voilà, les thérapeutes sont formés et compétents pour la relation verbale – pas pour un travail corporel. Du reste, s’ils ne sont pas médecins ou formés dans des disciplines corporelles, ils n’ont tout simplement pas le droit de toucher leurs patients. La dimension corporelle est renvoyée à des exercices personnels, seule à la maison, dont on pourra discuter avec le thérapeute, le cas échéant. Mais comment intégrer l’éveil et la guidance dans la thérapie même ? Thierry, avec sa compétence en massage tantrique, offrait la solution. À deux, Thierry Raes et Dominique Delrot élaborent le concept de sexothérapie corporelle, auquel se rallie Marie Raes, l’épouse de Thierry qui pratique le massage tantrique avec lui depuis vingt ans, et Jean-Baptiste Grégoire, psychothérapeute et sexologue partenaire de Dominique Delrot. L’équipe formalise une approche thérapeutique claire et crée le CEDES, Centre de l’éveil, du développement et de l’épanouissement sexuel.

Quand j’ai connu Thierry, il pratiquait le massage tantrique dans un esprit de bien-être et de développement personnel, sans faire mention de thérapie. Je lui demande comment il a pris ce virage. Thierry Raes : « La composante thérapeutique a toujours fait partie de ma vie. Quand j’ai développé le massage tantrique, je savais pertinemment que je touchais quelque chose de plus profond qu’un moment de bien-être. Il était courant que les femmes venant chez moi me fassent part de difficultés sexuelles et que je les accompagne grâce au massage. Mais il m’a fallu des années avant de pouvoir l’assumer et l’affirmer. En créant le CEDES à quatre, nous ouvrons une porte qui était fermée. La dimension corporelle est capitale dans une démarche thérapeutique sexuelle. Il faut l’incorporer. Il est absurde qu’au xxie siècle un problème de vaginisme ou de perte de désir se traite uniquement en verbalisation. Les blocages doivent être surmontés aussi à travers le corps. »
Voilà une initiative qui bouscule considérablement les structures mentales et pratiques, car il n’est pas de mise, à l’heure actuelle, pour un thérapeute, d’envoyer quelqu’un se faire donner du plaisir chez un expert du toucher inspiré. De la kiné, tant que vous voulez, du yoga, de la relaxation, très bien aussi, du massage classique, à la limite, mais du plaisir sexuel, surtout pas, c’est un domaine qui ne peut être mobilisé que dans le secret de sa chambre à soi, avec son partenaire attitré, point. Or, c’est justement là que ça coince, on le sait bien, puisqu’on est réuni dans le cabinet du thérapeute pour cette raison même – soit que cela se passe très mal, soit qu’il n’y ait pas de partenaire faute de savoir entrer en relation physique. Comment résoudre ces blocages avec des mots ? Dominique Delrot et Jean-Baptiste Grégoire ont choisi le travail d'équipe. Lorsqu'ils envoient un(e) patient(e) chez Thierry ou Marie, il y a un échange entre eux (avec l’accord du patient) avant la séance, pour décrire l’anamnèse, la problématique et les objectifs souhaités, et un débriefing après, pour évaluer l’évolution de la situation. À l’inverse, Marie et Thierry peuvent adresser vers la thérapie des patients qui sont venus les voir de leur propre initiative, parce qu’ils sont séduits par l’approche corporelle et n’ont jamais songé à la thérapie, par peur ou par ignorance, alors qu’elle leur serait utile.


La simplicité du désir

Travaillent-ils avec des protocoles fixes, comme les substituts sexuels californiens ? Thierry Raes : « Dans un seul cas. Quand Marie travaille avec des hommes qui souffrent d’éjaculation prématurée, nous savons qu’au terme d’une moyenne de six séances, la problématique est bien souvent réglée, du moins sur le plan physiologique (il peut rester du travail sur l’émotionnel, à mener avec le thérapeute), et donc le protocole est fixé à l’avance. Pour les autres questions, tout dépend du rythme de la personne et nous planifions les séances au fur et à mesure, en accord avec le patient et le thérapeute. Pour les femmes, contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’absence de désir, la méconnaissance du corps et/ou la découverte du « lâcher-prise » peuvent se résoudre en quelques sessions et parfois même en une seule. En revanche, s’il y a un traumatisme lié à des violences sexuelles, la démarche thérapeutique nécessitera un plus long travail tant sur le plan corporel que verbal. » À ces mots, je sursaute. L’absence de désir est bien connue comme étant la plainte la plus répandue dans les cabinets des sexologues, et en même temps la plus difficile à résoudre – on ne sait par quel biais l’aborder, on manque de prise, et souvent la femme, qui souffre déjà depuis plusieurs années, en conclut que le désir l’a définitivement désertée. Comment une seule séance de massage pourrait-elle renverser la tendance ? Thierry Raes : « C’est très simple. Le désir des femmes s’éteint parce qu’elles sont mal reçues, mal abordées, mal appréciées. Elles ne sont pas privées de désir, elles sont privées des stimulants qui alimentent le désir. Ici, tout est réuni pour qu’elles puissent s’abandonner et sentir revenir les sensations d’appétit. Les lieux et les circonstances sont extrêmement accueillants et sensuels. Elles sont reçues dans la totalité de leur être, cœur-corps-âme. Elles reçoivent des caresses à la fois sur le plan émotionnel, physique et psychique. Même celles qui n’avaient plus rien ressenti depuis des années se reconnectent très rapidement à leur désir. Il était là, enfoui sous l’effet des mauvaises expériences. »

Et si, en effet, ce n’était « que » cela, dans certains cas : le désir est absent parce qu’il n’est pas sollicité ? Dans un contexte domestique, dans la précipitation d’un agenda trop rempli, dans les raccourcis qu’installe la vie conjugale, le corps n’a pas spontanément envie de s’envoyer en l’air, pas plus qu’il n’a envie de chanter la Traviata. Mais que se passe-t-il quand on vient s’offrir un massage tantrique ? Déjà, on se fait un cadeau. On a réservé une demi-journée, voire une journée complète, de son agenda. On est reçue dans un cadre idyllique, par un homme entièrement disponible. On se trouve dans un état émotionnel particulier, à la fois stupéfaite, inquiète, curieuse et excitée de se trouver là. Le futon est moelleux, la musique est planante, les bougies veillent. On est l’objet de son attention, de ses soins, de sa compétence et de son amour. Car Thierry aime les femmes qu’il reçoit, c’est évident. Il est tendre et attentionné, rassurant, respectueux. Avec autant de circonstances favorables, la volupté est très généralement au rendez-vous. Et le désir sexuel, surprise, refait surface, tel un sous-marin qu’on croyait coulé. En deux heures de temps il remonte, fringant et puissant comme au premier jour. « Quand on a compris cela, dit Thierry, le problème est réglé, on sait qu’on est toujours capable de désir ». Fort bien. C’est déjà formidable. Mais ensuite ? Comment va-t-on emporter cette découverte dans sa vie quotidienne ? Peut-on reproduire la même rencontre avec son partenaire ? « Tout l’enjeu est là, et c’est pour cela qu’il est tellement important pour nous de sentir la présence du psychothérapeute. Il va utiliser les résultats du travail corporel pour relancer son travail verbal. La question du couple va automatiquement se poser et devoir être travaillée. Mais cela ne me concerne plus. J’ai rencontré l’inquiétude concernant l’absence de libido. Elles ressortent en sachant qu’elles ont du désir et du plaisir. Il n’y a rien qui cloche ni dans leur corps, ni dans leur tête. »

Peut-on également résoudre un problème d’anorgasmie en une séance ? « Oui, cela arrive, mais contrairement à l’éjaculation prématurée, c’est la chose la moins prévisible qui soit. Le cœur de l’accès à l’orgasme, je pense, c’est qu’il faut accepter de se rendre complètement vulnérable devant l’autre. Pour que le barrage tombe, il n’y a pas de recette miracle, pas de protocole. J’essaie de toucher toutes les sphères de la personne, et quand cela marche il m’est impossible de savoir comment j’ai fait exactement. Cependant, dans certains cas, le problème peut être d’ordre physiologique et à ce moment-là notre collaboration avec une kinésithérapeute spécialisée en uro-gynécologie prend tout son sens. »

Le CEDES commence à éveiller la curiosité d’autres thérapeutes et sexologues qui comprennent l’intérêt de combiner les diverses approches. Les échanges d’expériences prennent une dimension importante, et la composante corporelle de la thérapie est entendue aussi dans son acception médicale. Thierry Raes me parle d’une gynécologue qui rapporte plusieurs cas de vaginisme dont la cause n’était pas à chercher dans un blocage psychocorporel. Ces femmes présentaient une anomalie mécanique au niveau de l’hymen qui était probablement mal cicatrisé et fibrosé. Avec une petite incision de la membrane, le problème s’est résolu immédiatement. D’autres fois, un recours au médecin endocrinologue peut se révéler utile. Un désir sexuel qui reste en berne au terme d’une démarche en massage tantrique peut être l’indice d’une déficience hormonale qu’un traitement médical peut rééquilibrer.


Un accompagnement unique

Pour ce qui les concerne, l'outil que mobilisent Thierry et Marie est toujours le massage tantrique, mais dans une optique plus large qu’avant, qui peut aller jusqu’à l’« Accompagnement Érotique ». Ce terme désigne un contenu à la fois émotionnel et sexuel, dans une démarche progressive et modulable. En général, on ne pratique pas tout de suite un « Accompagnement Érotique », car il y a beaucoup d’autres liens à tisser avant, et on passera d’abord par une démarche thérapeutique qui allie le massage tantrique classique avec la thérapie. D’autre fois (ou plus tard dans le processus), la patiente aura davantage besoin de découvrir et travailler spécifiquement les sensations présentes dans sa zone génitale, et on lui proposera plutôt la Génito®thérapie, c’est-à-dire un massage tantrique centré sur cette zone. Plus tard encore ou dans d’autres cas, c’est la relation sexuelle elle-même qui sera à travailler, par exemple pour les personnes vierges tardivement, ou celles chez qui le rapport continue à poser problème. On les orientera alors vers l’« Accompagnement Érotique », qui suppose la signature d’une charte des deux côtés, où chacun fixe ses objectifs et ses limites avant chaque session.

À ma connaissance, l’équipe du CEDES est la seule au monde à oser cet alliage du sexe et du soin à la fois dans la pratique et dans le vocable (« Génito®thérapie », « Accompagnement Érotique » sont leurs créations). Ils savent que leur démarche est complètement marginale, très audacieuse dans une société qui est prompte aux amalgames. Mais ils sont confiants, fiers d’œuvrer en pionniers, et convaincus que d’ici 50 ans, on rira de l’époque où l’on n’osait pas intégrer l’expérience réelle dans une thérapie sexuelle.

Qui plus est, ils ont la volonté de s’adresser à n’importe quel type de patient en souffrance sexuelle, sans faire de distinguos inutiles à leurs yeux. Thierry Raes : « Je n’aime pas le vocable d’assistant sexuel qu’on utilise pour l’accompagnement des personnes handicapées. C’est limiter le rôle de l’assistant à celui d’instrument de satisfaction, et par ailleurs pourquoi le réserver aux seules personnes souffrant d’un handicap physique ou mental ? Toute personne en difficulté sexuelle est handicapée dans son épanouissement. Nous préférons ne pas faire de distinctions et accueillir toute personne en demande. Je suis très sensible à la question du handicap. J’ai eu une mère paraplégique. Et j’ai une petite fille polyhandicapée. Je connais bien la question et je suis révolté quand j’entends que des mères sont obligées de masturber leur enfant handicapé pour arrêter ses colères. Les colères viennent de la frustration de ne pas être accueilli dans sa demande et dans son besoin. Mais ce n’est pas le rôle d’une maman. Le statut d’assistant sexuel est reconnu en Suisse et en Hollande. En France, je crains que la situation ne soit bloquée pour longtemps. La Belgique étant plus libérale, j’espère que la situation évoluera plus rapidement. Nous participons au groupe de travail qui vient d’être mis en place par le Comité Wallon des personnes handicapées pour s’interroger sur la sexualité dans le champ du handicap. Nous espérons qu’il y aura bientôt un statut reconnu dans ce cadre particulier. Mais Marie et moi, nous recevons déjà des personnes handicapées, au même titre que les autres. Elles ne viennent pas nécessairement avec une demande de sexualité pure et dure, mais surtout pour un besoin d’intimité. J’accompagne une femme « IMC » (infirmité motrice et cérébrale), pour qui c’est un immense bonheur de sentir un homme nu contre elle, lui procurant des caresses, de l’attention, de l’affection… en un mot de l’amour. Elle ne demande pas de sexualité génitale. Ce qu’elle reçoit ainsi est déjà un miracle pour elle. »


Décloisonner les thérapies

Le point de vue des thérapeutes qui, avec Thierry et Marie, osent ouvrir le chapitre d’une synergie entre thérapie et massage tantrique est évidemment des plus importants. J’ai donc proposé une discussion à Dominique Delrot qui m’a reçue avec chaleur, un dimanche soir. Elle rentrait d’un week-end de formation, comme elle en fait souvent, tant son métier la passionne. Dès le début de sa carrière de thérapeute, il y a vingt ans, elle a été convaincue de la nécessité de s’adresser au corps, et elle a très rapidement ajouté des compétences corporelles à son diplôme de psychothérapeute, en suivant diverses formations en massage. Ce qui lui a permis de constater par exemple ceci : une patiente qui au terme d’une année de thérapie suite à un inceste par son père, et avec qui le travail verbal n’avançait plus, se remémore soudain très clairement les scènes vécues dans l’enfance au moment précis où la thérapeute lui masse la main lors d’un massage relaxant. Ce nouveau matériau permet de faire un bond dans la thérapie. Dominique Delrot persévère ainsi pendant des années à allier thérapie verbale et corporelle, même si elle n’est pas toujours comprise par ses pairs. Puis, elle rencontre un jour l’information sur le massage tantrique, et vient le tester elle-même. La rencontre avec Thierry est magique. Dominique Delrot : « À ce moment-là, je suivais une formation en « Sexogestalt-Thérapie » à Paris, j’avais le projet de devenir sexologue, et tout cela se mettait parfaitement en place. Travailler avec Thierry a tout de suite été une évidence. J’ai fait ma formation en sexologie à l’université, où l’enseignement nous interdit de toucher le patient dès lors que le sexologue n’est pas médecin ou formé en techniques corporelles ; et où la sexothérapie et la psychothérapie restent des démarches cloisonnées. En toute humilité, j’œuvre contre ces limites que je trouve dommageables, mais il en faut encore beaucoup, actuellement, pour faire bouger une institution universitaire… Je reste néanmoins convaincue que tout reste possible dans un futur proche ou lointain ».

Dominique Delrot rejoint les idées et projets novateurs sur la « Génito®Thérapie » et l’« Accompagnement Érotique » inspirés par Thierry. Ensemble, ils mettent au point une structure professionnelle en ce sens, définissent un protocole spécifique pour la « Génito®thérapie », en complément du massage tantrique. Puis, il restait une question épineuse : que faire pour les patientes qui ont été victimes d’abus et/ou de violences sexuelles et pour qui le passage à l’acte de la relation sexuelle est impossible ? Si elles sautent le pas dans la vie réelle, elles risquent les pires déconvenues. Avec un partenaire non prévenu (parce qu’elles sont trop gênées de leur en parler), elles risquent des incompréhensions et des indélicatesses blessantes, voire un échec complet et traumatisant. Un cadre accueillant, compréhensif et sécurisé serait la meilleure approche pour surmonter des blocages aussi ancrés. Mais comment intégrer une relation sexuelle réelle dans le cadre d’une thérapie ? C’est une audace inouïe, une révolution conceptuelle, et en même temps un outil spécifique irremplaçable dans l’arsenal du thérapeute. Pour s’autoriser cette liberté, il faut poser le cadre de la façon la plus stricte, et il faut savoir reconnaître dans quels cas elle serait bénéfique à l’évolution de la patiente (ou du patient, car tout ceci vaut aussi pour les hommes en dysfonctions et/ou traumatismes sexuels). Cette démarche s’inscrit dès lors dans un cadre spécifique, appelé « Accompagnement Érotique », qui ne comporte pas de limite de principe dans les actes pratiqués, mais qui nécessite que soient posées avant chaque session les limites de chacun – c’est la « charte d’engagement sexothérapeutique ».


Toucher la réalité

Quel que soit le niveau d’intervention, il faut évidemment que la patiente soit totalement libre et décidée – jamais personne n’est orienté vers une démarche qu’il ne désire pas entreprendre ; le thérapeute propose (et jamais en premier outil, mais après d’autres approches), le patient décide. Mais quelles sont les situations où le travail corporel (massage tantrique, ou Génito®thérapie, ou «accompagnement érotique ») est indiqué pour une patiente ? Dominique Delrot : « Il y en a beaucoup : vaginisme, dyspareunie, anorgasmie, dysorgasmie, perte de désir… Prenons l’exemple d’une perte de désir chez une femme mariée ayant deux enfants. Après un travail verbal qui n’occasionne pas de progrès significatif, elle décide d’entreprendre un travail corporel. Dès la première séance, Thierry remarque un problème physiologique : la patiente souffre d’une douleur à la pénétration due à une double épisiotomie dont les cicatrices sont fibrosées. Elle ne l’avait pas compris consciemment, mais elle évitait la sexualité pour échapper aux sensations désagréables. Après quelques sessions de « génito®thérapie » avec Thierry, nous lui avons conseillé une approche en kinésithérapie uro-gynécologique. Suite à cette procédure, elle ne ressentait plus de malaise à la pénétration, et le désir est revenu. »

Quand je parle des troubles du plaisir, Dominique Delrot m’explique combien les femmes sont enclines à se croire seules responsables de la mauvaise qualité de la sexualité de leur couple, ou de leur absence de plaisir. Alors qu’il y a tout de même quelqu’un d’autre qui est impliqué ! Venir vivre une expérience érotique avec Thierry permet de remettre les pendules à l’heure. Elles constatent que dans de bonnes conditions, tout fonctionne très bien pour elles. Donc, si les rapports sexuels sont décevants ou problématiques dans le couple, c’est qu’il y a des attitudes à modifier des deux côtés : elle pourrait suggérer et expliquer ce qui la fait monter au ciel ; il pourrait l’entendre et apprendre les attitudes adaptées à son plaisir à elle, et pas seulement à son plaisir à lui. Cela suppose, évidemment, d’ouvrir la question avec le compagnon. Mieux encore : de lui faire vivre la même expérience. Si une patiente arrive à expliquer à son conjoint qu’elle a découvert une autre façon de vivre sa sexualité, qui lui fait beaucoup de bien, et qu’elle aimerait lui ouvrir les mêmes perspectives grâce aux compétences de Marie, c’est la situation idéale. Il n’y aura pas de décalage entre eux, et il vont se mettre à évoluer ensemble. On évite par la même occasion les quiproquo (si la femme dissimule sa thérapie) et les jalousies mal placées (si elle en parle) : il s’agit pour chacun d’apprendre et de progresser, pour le bénéfice du couple.


Sortir du cadre

Chaque fois que Dominique Delrot parle du CEDES à des confrères (et elle ne s’en prive pas), elle est confrontée au même partage de sentiments : un enthousiasme devant le concept et les résultats cliniques, une réticence ou une peur à l’idée de se lancer eux-mêmes. Ils évoquent souvent la peur de provoquer un transfert ingérable. Dominique Delrot : « Bien sûr qu’il y a un transfert amoureux dans le massage tantrique, et heureusement, car nous allons le « mobiliser » pour faire évoluer la personne. Du moment qu’il y a un cadre thérapeutique clair, avec une personne de référence neutre, le psychothérapeute, qui voit la patiente après chaque séance et qui peut déconstruire verbalement ce transfert, celui-ci va être utile dans la thérapie. » Mais pour la plupart des professionnels, la balance ne penche pas encore vers le oui, même s’ils reconnaissent les avantages de l’approche corporelle. Dominique Delrot : « Ce qui pose question pour la majorité des thérapeutes, c’est la crainte de ne pas respecter les limites du cadre thérapeutique conventionnel. Moi qui suis passée par l’université, je sais combien l’approche corporelle n’est pas suffisamment mise en évidence. Il est regrettable qu’un diplôme en psychologie ou en sexologie soit obtenu sans l’obligation d’effectuer le moindre travail thérapeutique personnel verbal et/ou corporel. Il me paraît indispensable d’ouvrir nos horizons thérapeutiques par des formations complémentaires. Pour certaines problématiques, pourquoi proposer une démarche thérapeutique de longue haleine, alors que le massage tantrique permet d’apporter une évolution plus appropriée et significative ? ».

Contrairement aux substituts sexuels américains, qui s’adressent surtout aux hommes, l’équipe du CEDES a tout de suite mis l’accent sur la thérapie féminine. 60 % des personnes qui fréquentent le centre sont des femmes. Je ne pouvais pas quitter le sujet sans en rencontrer quelques-unes.


Chapitre 56

Le mur en elle


Stéphanie a 26 ans. Elle souffrait de blocages sexuels, émotionnels et affectifs.


« J’ai d’abord fait deux ans de psychothérapie. Puis j’ai compris que j’avais besoin de travailler plus spécifiquement mes blocages sexuels et émotionnels vis-à-vis des hommes, et j’ai commencé à voir une sexologue. Au bout de quelques mois, elle m’a parlé du massage tantrique réalisé dans un cadre thérapeutique. C’était une proposition ouverte, évidemment. J’ai été voir le site qu’elle m’a renseigné. J’ai tout lu et relu dix ou vingt fois. J’ai finalement décidé de téléphoner. J’étais tellement nerveuse que je pouvais à peine parler. Mais je voulais le faire et je me suis lancée. »

« Je suis arrivée sur place nerveuse et tendue au maximum. Thierry était habillé tout en blanc, il m’est apparu comme une lumière. Quand on s’est assis pour parler, je n’arrivais pas à soutenir son regard, je regardais par la fenêtre. J’avais la gorge nouée, j’étais trempée de sueur. Je ne pouvais pas croire que j’étais réellement là. Dans quoi m’étais-je embarquée ? Mais après tout ce temps en thérapie, je voulais prendre les rennes de ma vie et me confronter à l’énergie masculine. »

« J’ai pris une douche et je me suis couchée sur le futon avec la serviette autour de moi. Et les bras serrés. Je n’ai plus bougé quasi de toute la séance. Je respirais à peine. Thierry m’a demandé s’il pouvait retirer la serviette. Un moment terrible pour moi. C’était la première fois que je me trouvais nue face à un homme. Je n’avais jamais eu de rapports sexuels. Et en plus il allait me toucher. C’était tout en une fois. Heureusement, Thierry dégage quelque chose de très sécurisant. Sinon je ne serais pas restée. Pendant toute la séance, je n’ai quasiment pas bougé. Mais j’ai reçu, reçu, reçu. J’ai bu tout ce qu’il m’a donné. En sortant de là, je me sentais légère et dans une très grande paix intérieure. »

« Pendant presque un an, je l’ai vu une ou deux fois par mois. Puis on a travaillé spécifiquement la zone génitale chaque semaine pendant six semaines. J’étais vierge et ça a été très difficile pour moi. Il n’y a pas 36 positions pour faire la génitothérapie, et j’étais très gênée à l’idée d’être exposée à son regard. Je pensais que cette partie du corps peut faire peur. Et je ne pouvais pas croire que j’étais réellement là allongée nue à me faire masser par un homme nu. J’ai l’impression d’avoir évolué très vite. Aujourd’hui, je suis des cours pour donner le massage tantrique moi-même. Moi qui était si coincée avec les hommes, quand je masse le corps d’un inconnu je me sens fluide et à l’aise. Quel chemin énorme j’ai parcouru en un an ! Je souhaite à toutes les femmes de pouvoir connaître ça au moins une fois dans leur vie. C’est génial de pouvoir s’abandonner à ce point, ça libère énormément. »

« Grâce à la thérapie, j’ai appris à m’écouter moi-même. À entendre ce que je ressens, et de quoi j’ai envie. J’ai aussi appris à l’exprimer. Avec Thierry, on a beaucoup parlé. Alors que dans ma famille, la communication n’est pas du tout au point. Dans mon enfance, mon père me repoussait et me frappait, ma mère n’a jamais été affectueuse. Je sais mieux, maintenant, ce qui est juste pour moi. Je suis connectée à moi-même. Avant, j’avais toujours l’impression d’être à côté de mon corps et pas dedans. Il m’a remise au centre. Quand je sors d’une session, l’impression physique est très particulière. C’est comme si je sentais mon corps par sa vie intérieure : le sang, la chaleur, les organes… Je suis dans un très grand bien-être. »

« Sur le plan sexuel, j’ai découvert l’orgasme avec Thierry. Depuis lors, j’ai acheté un sex-toy, un petit vibro clitoridien. Je l’ai utilisé 2 ou 3 fois. La première fois, j’ai réussi à avoir un orgasme. Je me souviens que quand j’avais 15 ans, un soir où je me caressais dans mon lit, ma mère est entrée dans ma chambre alors que la porte était fermée, et m’a dit, très fâchée : « Qu’est-ce que tu fais, tu te masturbes encore ? » Ça m’a complètement cassée, elle m’a fait penser que c’était mal, et je n’ai plus osé le faire. Un autre problème, c’est que je ne pratique pas beaucoup la sexualité, parce que je n’ai pas encore de partenaire. Donc, mon rapport à l’orgasme progresse lentement. »

« Ce qu’on reçoit dans une session avec Thierry, c’est vraiment de l’amour. Rien qu’en pensant à lui, je me sens remplie d’amour. Je n’ai pas besoin qu’il soit là. C’est un amour sans exclusivité et sans possessivité. Il me nourrit. Quand je vois les couples autour de moi, qui se disputent et se détruisent, je me dis que je ne suis pas si mal en célibataire. Je n’en vois pas beaucoup qui sont épanouis. »

« Je vais toujours chez ma thérapeute. Elle dit que j’avance très vite. Elle ne propose pas le massage tantrique à tout le monde, mais seulement quand elle sent qu’il y a moyen d’en parler. Avec d’autres femmes, elle ne prononce même pas les mots, car elles sortiraient en courant. L’éducation y est pour beaucoup, la société, la télé. On nous montre tellement de conneries. »

« Il faut absolument travailler sur soi, sinon rien ne bouge. Ça demande un certain courage. Dans ma thérapie, j’ai connu des moments difficiles, j’ai été confrontée à moi-même, à mes peurs. Mais ça ne sert à rien de fuir. Le problème reviendra plus tard, encore plus fort. Je suis contente de faire tout ce travail maintenant, et pas à 40 ans. J’aurai de meilleures bases quand je rencontrerai quelqu’un. Je trouve tellement triste de voir des femmes qui ne sont pas du tout épanouies, et qui ne font rien pour que ça change. Elles préfèrent se voiler la face. J’ai envie de leur dire : « Allez-y ! N’ayez pas peur. Ne vous privez pas de vous-mêmes, vous ne risquez rien, vous ne faites rien de mal. »


Émilie a 43 ans. Elle a connu une expérience traumatique dans l’enfance, et un rapport aux hommes décevant. Elle a entamé une démarche pour enrayer le cercle vicieux.

« Vous m’auriez dit, il y a un an, que j’allais m’offrir un massage tantrique, je vous aurais traitée de folle. C’est venu progressivement, et maintenant je suis très heureuse des bonds en avant que cela m’a permis de faire. J’ai été abusée par une personne en qui j’avais entièrement confiance - mon grand-père - quand j’avais sept ans, et à la suite de ça j’ai installé des schémas de fonctionnement pervers du type : “ Tu ne seras aimée que si tu fais plaisir à l’homme et obéit à tout ce qu’il demande ”. Mon grand-père m’a fait promettre de garder ce « secret », un secret bien lourd à porter pour une petite fille de sept ans. À dix-huit ans, j’ai rencontré la personne qui deviendrait plus tard mon mari. Je lui ai fait part de ce que j’avais vécu en pensant que cela me permettrait d’oublier. Mais ça n’a pas été le cas. Inconsciemment, mon mariage fut vécu dans un esprit qui répondait au schéma de fonctionnement mis en place. J’avais l’impression de faire tout ce qu’il fallait et d’accomplir mon devoir conjugal comme toute bonne épouse, mais mon mari me traitait de frigide. Je me sentais de plus en plus mal et nous avons divorcé. J’avais trente-et-un an, un enfant de moins de deux ans et la sensation très désagréable de voir tout s’écrouler. Je suis passée par les colères, les peurs, la haine et les crises de larmes. Difficile d’accepter le fait de devoir se faire aider… pour avancer. J’ai entamé une thérapie surtout pour surmonter le divorce, et puis rapidement d’autres choses sont arrivées sur la table, notamment les traumatismes de l’enfance que je pensais avoir réglé depuis longtemps. Ma vie sentimentale était désastreuse. Je vivais des histoires compliquées, difficiles, voire impossibles et pourtant je m’y accrochais désespérément. Chaque séparation était vécue comme un traumatisme supplémentaire, un abandon. Et pourtant j’avais fait ce qu’il fallait… Jusqu’à ma dernière relation amoureuse, il y a plus d’un an, qui a mal tourné et s’est terminée dans une grande violence verbale. J’ai compris que je devais faire quelque chose pour ne pas retomber chaque fois dans les mêmes schémas. Sur les conseils d’une amie, je me suis orientée vers une thérapeute transgénérationnelle, et là j’ai fait un grand progrès. J’ai enfin compris pourquoi je me sentais si mal dans les bras d’un homme. L’attachement n’était pas possible pour moi. Plus j’aimais, plus je m’attachais, et plus je devenais vulnérable - or, on avait abusé de ma vulnérabilité. Je devais mettre un terme à ce conditionnement. Avec l’aide de la thérapeute, je me suis rendue sur la tombe de mon grand-père, et je me suis dit : c’est fini, c’est réglé. Il ne peut plus m’empêcher de vivre. Mais je sentais que mes blocages étaient encore présents dans le corps. Jusqu’à 35 ans, j’avais été d’une pudeur extrême. J’étais quasiment honteuse d’accoucher, c’est vous dire. Puis j’ai entamé différentes démarches pour me désinhiber. J’ai été vers des centres naturistes, pour apprendre à distinguer la nudité de la sexualité. Ce n’était pas facile mais la démarche fut libératrice. Puis j’ai décidé de pousser la porte d’un centre d’esthétique pour m’offrir un massage donné par une femme. Pas facile non plus. C’est à l’occasion d’une émission de télé que j’ai découvert les bienfaits des massages érotiques à caractère ludique mais aussi à but thérapeutique. On voyait Thierry et Marie qui parlaient de leur démarche, en disant que c’était un travail thérapeutique. J’ai tout de suite su que c’était exactement ce que je devais faire. Quitte à faire sauter les verrous, je voulais savoir si j’étais capable de recevoir un massage sensuel par un homme. J’en ai parlé à ma thérapeute. Elle m’a dit qu’elle ne me l’aurait pas proposé aussi vite, mais que si l’initiative venait de moi, c’était formidable. Ma décision était prise. Rassurée par le reportage et l’approche présentée j’ai eu envie d’aller là parce que je savais que je n’avais rien à craindre, pas d’abus. Si ça avait été seulement ludique, je n’aurais jamais poussé la porte, je ne suis pas prête pour ça. Mais pour avancer dans ma vie, oui. C’était nécessaire. ».

« J’ai eu extrêmement peur pendant des jours et des semaines avant la séance. Je me demandais si je n’étais pas dérangée du cerveau. J’étais tiraillée entre le désir d’avancer et la peur de l’inconnu. Pendant tous les jours qui ont précédé, j’ai voulu téléphoner dix fois par jour pour annuler. Jusque dans la voiture devant la porte, je n’osais pas en sortir, je me sentais très mal. La peur d’être ridicule devant lui s’ajoutait au reste. Quant Thierry a ouvert la porte, je me suis sentie immédiatement accueillie et un premier poids est tombé. Je lui ai parlé évidemment de toutes mes angoisses. Il m’a dit que s’il était à ma place il serait probablement dans le même état – ce qui m’a détendue. On a parlé. Mettre des mots sur tout ce que l’on ressent permet de diminuer la pression. Ce moment de verbalisation est primordial. S’il n’y avait pas eu cet échange avant, je n’aurais pas pu le faire. Je lui fais part des raisons de ma démarche, de mon choix de venir là et lui ai demandé de me rassurer sur le fait “ que je ne passerais pas à la casserole ”. Mais il n’en était évidemment pas question. La séance s’est passée merveilleusement bien. Il m’a mise sur un nuage. J’ai 43 ans, et jamais de ma vie je n’avais connu de telles sensations. Il a littéralement fait la révolution dans mon corps. J’ai mis une semaine à atterrir. C’était au mois de mai. »

« Toute heureuse que les verrous aient sauté, j’ai pris un autre rendez-vous en août et j’y suis allée le cœur beaucoup plus léger. Je croyais que j’allais vivre de nouveau un délicieux voyage. Et puis non, cette fois ce fut émotionnellement beaucoup moins confortable. Je me suis sentie très vulnérable dès mon arrivée. Tout me mettait mal à l’aise. Rien n’était acceptable pour moi ce jour-là. Souvent, quand on va vers le lâcher prise, ce n’est pas ce que l’on pensait qui se passe. La première fois, j’avais pu accepter et apprécier toute la tendresse qui m’était donnée durant le massage, les échanges de petits baisers et les caresses intimes, même si je ne les avais pas vraiment prévues (dans l’émission, on n’entre pas dans tous les détails, donc je ne savais pas jusqu’où ça allait). Mais la deuxième fois, j’étais fermée comme une porte de prison. Déjà dans la discussion préalable, quand il a pris ma main, je ne me sentais pas bien. C’était très frustrant, j’ai fondu en larmes plusieurs fois. Je me sentais profondément ridicule mais Thierry m’a aidée à passer ce cap supplémentaire avec la verbalisation.

Après cette deuxième séance, j’avais décidé que je ne viendrais plus. Puis je suis retournée en septembre voir ma thérapeute. Elle m’a dit que c’était probablement l’enfant qui avait été présent dans cette séance, et pas la femme. L’enfant blessée qui ne peut plus supporter qu’on la touche. Il fallait quitter cet enfant, la laisser partir. Elle m’a conseillé de retourner voir Thierry une troisième fois. »

« J’y suis retournée en octobre, et ça c’est passé beaucoup plus sereinement. Je ne voulais pas que cette petite fille soit là. Je voulais être une femme. Mais j’ai quand même heurté mes limites. Certains gestes précis me rappelaient trop les caresses que mon grand-père m’avait faites. C’était associé au passé, à la honte, et impossible à accepter. Mais en même temps, tous ces freins et ces blocages, je ne les supporte plus. Je veux continuer à travailler et avancer. Cette histoire qui m’est arrivée à sept ans a biaisé toute ma vie de femme, toutes mes relations avec les hommes. Ce n’était pas moi qui était là. Je jouais un rôle de petite fille obéissante. Maintenant, je veux me reconnecter à moi-même. Savoir ce que je ressens, ce que je veux. »

« Thierry a fait évoluer mon rapport à l’orgasme en m’aidant à pouvoir accepter de perdre les pédales. Il a aussi éveillé en moi le désir, auquel je ne croyais plus. Après la première séance, mon désir érotique est monté à un niveau que je n’avais jamais connu, sauf peut-être pendant ma grossesse, 13 ans plus tôt. C’était même émotionnellement ingérable, j’avais envie de me caresser tout le temps. Je n’avais jamais connu ça. Thierry m’a dit que c’était normal, que c’était ma libido qui s’exprimait. J’en étais presque mal à l’aise. Tout ça en une seule séance ! »

« J’ai beaucoup changé en quelques mois. Parce que je veux que ça bouge. Dans la prochaine relation amoureuse que j’aurai, je veux que les rôles soient équilibrés, aussi sur le plan de la sexualité. Qu’on puisse communiquer sans tabou et sans honte. Pour les prochaines sessions, et surtout parce que mon désir pour l’avenir est d’apprendre à me positionner et à partager avec mon partenaire ce que je souhaite et ce que je ne veux plus subir, Thierry m’a proposé l’accompagnement érotique qui allie sexothérapie corporelle avec lui et psychothérapie verbale avec l’un des thérapeutes du CEDES. Me sentant plus à l’aise devant une femme, j’ai choisi d’entreprendre le suivi verbal avec Dominique Delrot. Dans le massage thérapeutique, il y a des limites qui nous sont imposées. Ainsi l’acte sexuel est interdit (et c’est très bien ainsi ; personnellement j’avais besoin de ce cadre très sécurisé). Dans l’accompagnement érotique, c’est une possibilité qui est offerte. En début de chaque session, le cadre est défini d’un commun accord entre le thérapeute et son/sa patiente. Pour moi, dans le principe, tout est acceptable sauf la relation sexuelle. Donc la proposition m’a beaucoup perturbée et a fait naître des angoisses quand j’ai réellement pris conscience de cette liberté. J’ai téléphoné et j’ai parlé longuement avec Marie. Elle m’a dit que c’était juste une possibilité qu’on se donnait, sans aucun besoin de la réaliser, une liberté en plus. On peut toujours dire stop à tout moment (ça c’est le côté rassurant). Et si Thierry pense que je ne suis pas prête, il sera là pour m’apprendre à poser et déposer enfin mes limites à la place de fuir physiquement ou psychiquement comme j’ai tellement bien appris à le faire jusqu’à présent. Ce sont des choses qui remettent complètement en question les valeurs de ma vie de femme jusqu’ici. Déjà, accepter des caresses intimes d’un homme, c’était énorme. Je ne croyais pas pouvoir le faire. Et c’était uniquement parce que j’étais célibataire que je pouvais me le permettre. Sinon j’aurais pensé que je trompais mon partenaire. Mais alors faire l’amour avec un homme pour qui je ne peux pas avoir de sentiments ! C’est actuellement inconcevable. J’ai vraiment l’impression de faire quelque chose de répréhensible et je me sens mal à l’aise vis-à-vis de Marie. Moi, j’ai divorcé parce que mon mari m’a trompée: le monde s’écroulait, et dix ans après, je lui en veux encore. Je me suis sentie abusée, salie. Et Marie, elle, me parle avec énormément d’empathie du fait que Thierry pourrait m'accompagner dans une relation sexuelle. Ça chamboule toutes mes valeurs. Je sens des réticences énormes, les angoisses qui apparaissent dès que j’y pense, et en même temps je trouve enrichissant de penser à ces questions d’un point de vue tout différent. »

« Mes trois sessions m’ont appris que je pouvais accepter consciemment le plaisir (et non pas l’étouffer avec un couvercle puis l’oublier), vivre les sensations que je ressentais dans le moment (même si émotionnellement, ce n’est pas toujours facile à gérer, je dois bien l’avouer). Avant, c’était toujours moi qui donnais, parce que pensais que c’était le seul moyen d’obtenir qu’on m’aime. Je ne recevais rien. Là, j’ai reçu des tonnes de tendresse et de caresses. C’était une grande découverte, surtout le fait de pouvoir l’accepter. Ça m’a apporté une grande sérénité. Je ne sors pas de là en me disant : « Mon dieu qu’est-ce que j’ai fait ! », mais en me disant : « Mon dieu, tout ce que j’ai vécu ! Il faut que j’y retourne. » J’ai aussi appris à pouvoir en parler avec quelques personnes de confiance : Thierry bien sûr, ma thérapeute, un ami de longue date qui a pu m’entendre sans me juger, ce qui m’a fait beaucoup de bien, et encore une amie qui ne me comprend pas tout à fait (elle dit qu’elle ne serait pas capable d’agir comme moi), mais qui m’encourage à le faire si c’est bon pour moi. C’est très important d’avoir un lien de vérité avec ces personnes-là, en dehors du carcan social. Avec tous les autres, c’est impossible. Déjà je n’ose pas parler du centre naturiste, car on penserait tout de suite qu’il doit s’y passer des choses. Alors se rendre dans un centre pour y recevoir un massage érotique, même si c’est à but thérapeutique, c’est vu très négativement. Les gens ne comprennent pas du tout ce genre de démarche. Mais moi, je suis fière d’avoir poussé la porte du centre et je suis extrêmement heureuse de vivre ces émotions. Je trouve que toutes les femmes devraient le faire à 25 ans. C’est tellement naturel de pouvoir partager un moment de tendresse ! »

« J’ai eu une éducation judéo-chrétienne, dans une école de bonnes sœurs. On passait à la confession chaque semaine. Les garçons, c’était le diable. De là toutes ces idées sur ce qui ne se fait pas, ce qui est sale, honteux, etc. Pendant mon mariage, ce que j’ai cru être mon bonheur, c’était une image fabriquée, ce n’était pas moi. Je faisais l’amour avec mon mari par devoir, ou pour tomber enceinte (« fallait bien passer là) Je ne sais même plus si j’ai eu un orgasme avec lui. Ça ne m’a pas marquée. C’était noyé dans mon devoir conjugal. Rien de comparable avec ce qui s’est produit avec Thierry, où tout était dans la douceur, la tendresse et l’échange. »

« Avec mon mari, je faisais tout ce qu’il demandait, et il est parti quand même. Mon image de la famille idéale s’écroulait. Maintenant, je réalise que ce n’est peut-être pas cela qu’il me faut. Si la vie me donne l’opportunité de rencontrer un homme, je ne souhaiterais pas me précipiter dans le schéma traditionnel. J’ai acquis une beaucoup plus grande ouverture d’esprit en un an, depuis que j’ai commencé la thérapie et puis le massage tantrique. Ce qui est sûr, c’est que lorsqu’on ne se sent pas bien, il faut agir, et le plus vite possible. On a toujours tendance à se dire : « Ce n’est pas grave, ça va passer. » Mais non, ça ne passe pas. Le voyage que j’ai fait cette année est extrêmement libérateur et épanouissant. J’ai maintenant des échanges sincères et sans tabous avec plusieurs personnes. Je vais découvrir prochainement l’accompagnement érotique, puis je m’inscrirai peut-être sur le forum de discussion du CEDES pour rencontrer des gens qui sont dans la même démarche que moi. J’ai envie de rencontrer un homme, mais j’ai peur des mauvais trips avec des gens qui ne seraient pas dans cette énergie. Peur de me tromper de nouveau, de retomber dans les anciens schémas. C’est bien qu’ils mettent des structures en place au CEDES, comme le forum ou les ateliers. C’est l’occasion de rencontrer des personnes qui sont différentes avec qui on peut réellement échanger En même temps, ils ne font pas de l’assistanat (où ils seraient tout le temps présents), c’est un grand coup de pouce qu’ils vous donnent pour avancer toute seule. À l’échelle de ma vie, 43 ans, je dirais que j’ai fait un bond en avant de 20 ans. C’est dommage que je n’ai pas fait tout ça plus tôt. Que de temps perdu ! »

« Quand je suis allée sur la tombe de mon grand-père, j’étais accompagnée d’une femme de la famille, et comme j’ai fondu en larmes, elle m’a dit qu’elle me comprenait parce qu’elle avait vécu les mêmes abus de sa part. Pour la première fois, après plus de 30 ans, on a pu en parler. Seul son mari le savait, mais ils n’avaient plus jamais abordé la question. Elle ressentait les mêmes blocages que moi dans sa vie de femme. Alors on a décidé d’en parler devant son mari. Heureusement, il s’est montré réceptif et prêt à travailler avec elle pour la libérer du passé. J’espère qu’ils vont avancer.

Et puis, j’ai aussi réussi à en parler à mes parents, il y a trois semaines. Ce n’était pas facile. Ma crainte principale était de buter sur leur déni. Heureusement, ils n’ont pas nié. Mes parents ne comprenaient pas mes démarches de thérapie entamées il y a plus de huit ans maintenant. Mon père m’avait demandé : « Pourquoi remuer la boue du passé ? ». Maintenant, ils savent pourquoi. J’ai pris mon courage à deux mains et je leur ai dit. Ça fait 37 ans que je suis embourbée et que je porte ce fardeau. Je veux me sortir de là. Ce n’est pas en se voilant la face qu’on peut avancer. Je pense avoir été entendue. »


Geneviève a déjà passé la barre des 70 ans. Elle vit seule depuis que son mari est décédé.

« Je suis intéressée par le massage depuis longtemps. Il y a quelques années, j’ai lu un article sur le massage tantrique dans un magazine féminin. Ça me tentait, mais c’était trop loin de chez moi. Puis, l’année passée, ça n’allait pas du tout. J’étais dans un grand mal-être psychologique, qui rejaillissait sur mon état physique. Je vis seule depuis des années, et au départ cela me convenait très bien, c’était même une libération, puis la solitude a commencé à me peser, au point que c’est devenu physiquement intolérable. J’ai fini par me décider à téléphoner chez Thierry et Marie, et par miracle, ils avaient déménagé et se trouvaient pas loin de chez moi. J’ai pris rendez-vous pour un massage avec Thierry. »

« Je suis arrivée avec beaucoup de curiosité et beaucoup d’appréhension. Ce n’est pas du tout mon style de démarche en temps normal, mais je ne pouvais plus supporter cette situation de solitude physique. Je vivais dans la frustration des sens, et aussi du simple contact humain, d’une main qui me touche, d’un regard, d’une conversation. Si j’avais peur, c’était la peur de l’inconnu, et aussi la peur de ne pas être acceptée. J’ai l’âge d’une grand-mère. Comment allait-il me regarder ?

Il m’a tout de suite mise à l’aise. Il a commencé par un massage du dos, que j’ai apprécié, mais j’ai préféré la suite, quand j’étais de face, car je pouvais le regarder dans les yeux. Recevoir ce contact humain qui me manquait tant. J’étais relativement détendue, mais pas tout à fait, c’est impossible la première fois. Mon appréhension s’est entièrement dissipée seulement vers la fin. »

« Le lendemain de ce premier massage, j’ai eu une grosse crise de larmes. Un contrecoup inexplicable. Je ne savais que faire. J’ai téléphoné chez eux et ils m’ont rassurée. J’avais été l’objet de toute l’attention de quelqu’un, et ça ne m’était pas arrivé depuis très longtemps. Ça m’a fait tellement de bien que ça a ouvert toutes les vannes. C’était aussi une grande première de recevoir sans être obligée de donner quelque chose en contrepartie. Le risque d’attachement existe, évidemment, mais j’ai beaucoup d’autres activités dans ma vie, et puis je n’ai plus vingt ans ; je peux faire la part des choses. J’ai une certaine clairvoyance, un certain détachement, et il n’y a pas de confusion possible avec une relation amoureuse. Je vis comme une grande liberté le fait de ne pas dépendre de ses sentiments pour moi et que lui ne dépende pas de mes sentiments pour lui. »

« Mon rapport au plaisir a changé car j’ai découvert qu’il y avait beaucoup d’autres dimensions que la simple relation physique. Il y a tant de choses qui passent par le regard, les paroles, les sourires, le massage… Tout ce dont je n’ai jamais bénéficié dans ma sexualité. C’est extrêmement bienfaisant. L’orgasme, je l’avais découvert seule, avant de venir chez Thierry. Je n’avais jamais pu le vivre dans mon mariage, mais je l’ai découvert après, avec un vibromasseur. Dans le massage tantrique, je sens une grande relaxation, mais ça n’a jamais été jusqu’à l’orgasme. Je ne serais pas fâchée si ça arrivait, mais ce n’est pas le principal de ce que je cherche avec lui. Il m’apporte une satisfaction profonde qui me manquait vraiment. J’avais connu beaucoup d’années difficiles. Il y avait une accumulation de colère en moi. Le massage a apaisé mes colères. Avant, je me sentais diminuée par rapport aux autres femmes. Maintenant, du fait que je bénéficie de son attention, je ne me sens plus diminuée. Il a beaucoup augmenté ma confiance en moi et m’a apporté un grand apaisement. Un apaisement vraiment profond. En tant que femme, je me sens beaucoup mieux. Je me suis remise au centre de ma vie. Dans le massage, si quoi que ce soit ne convient pas, on peut le refuser. Alors que dans une relation amoureuse, souvent, on n’ose pas s’exprimer. Ça m’a apporté une très grande satisfaction. J’y vais régulièrement, et je ne voudrais pas devoir m’en passer. »


Elise a 33 ans. Abusée dans l’enfance, elle n’a jamais eu de relation amoureuse.

« J’ai suivi un long chemin de thérapie personnelle, pendant neuf à dix ans, et il se fait que ma dernière thérapeute travaille en collaboration avec Thierry. Au bout de quelques mois elle m’a parlé de ses massages et je trouvais l’idée un peu bizarre, Mais je suis quand même allée consulter le site Internet. Ce qui m’a décidée, c’est mon dernier échec relationnel. Je n’ai jamais eu d’amoureux – l’inceste par mon père m’ayant complètement bloquée. Là, j’avais entamé une histoire avec un bel Italien, et j’espérais vivre l’amour, mais la relation s’est très mal terminée. Je me suis sentie en situation d’objet et je ne le supportais pas. Suite à ce nouvel échec, j’ai ressenti un énorme besoin de changement et j’ai pris rendez-vous avec Thierry. »

« J’étais rassurée par le fait que ma thérapeute le connaît. Sinon, je n’aurais pas eu confiance. J’étais stressée, mais dès que je l’ai vu, je me suis sentie plus à l’aise, d’une part parce qu’il ne ressemblait pas du tout à mon père, d’autre part, grâce à sa façon d’être. Mon malaise m’a portée à parler avec humour, et il y a répondu tout de suite, ce qui m’a détendue. Mes craintes de revivre des sensations horribles se sont évaporées pendant la séance. Je n’avais jamais eu de partenaire. Ni connu d’excitation sexuelle. J’étais très tendue. On a travaillé uniquement le dos et l’arrière du corps, et j’ai ressenti des choses très nouvelles et inattendues, des sortes de décharges électriques, très agréables. L’aspect le plus troublant pour moi, c’est que dans ma tête sexualité et tendresse ne pouvaient pas aller ensemble, or ici, c’était le cas. Je ne m’attendais pas à rencontrer la tendresse. Après, la séance, j’ai tout de suite décidé de continuer. C’était une telle découverte, comme d’entrer dans une nouvelle dimension. Enfin, quelque chose bougeait ! »

« Au fil des séances, j’ai été vite confrontée au problème de l’attachement et de la dépendance. J’ai eu l’impression de ne plus rien contrôler. Thierry ouvrait un chapitre de ma vie qui n’existait pas du tout, celui du sentiment amoureux. J’aurais préféré le vivre dans une relation réelle, évidemment, mais je n’avais jamais pu me laisser aller. Et donc je suis passée d’un extrême à l’autre : d’un blocage total vers un attachement profond. Heureusement, ma thérapeute est là après chaque séance. Elle m’aide beaucoup. Avec elle, je peux parler librement. Je n’ai jamais pu discuter avec des amies de ma démarche avec Thierry, sauf une, et encore moins avec ma mère, chez qui je vis, et qui n’a même jamais su l’inceste (mon père est mort maintenant). C’est une situation difficile : j’éprouve beaucoup de choses, et je ne peux pas en parler. Heureusement, j’ai une amie très ouverte. Je ne la connais que depuis un an et demi, mais avec elle je peux me confier. »

« Je l’ai vu huit fois jusqu’ici. J’ai demandé une thérapie intensive, toutes les deux semaines. Je suis passée du massage thérapeutique vers l’accompagnement érotique. C’est une autre approche, puisqu’ici on vise la sexualité proprement dite. Rien que le baiser a été pour moi une révélation. C’était la première fois. J’ai eu du mal au départ, car je n’avais jamais voulu embrasser personne. Avec lui, c’est venu tout en douceur. Et maintenant j’apprécie ça à un point incroyable. Je sais que je n’ai rien à craindre. Il est dans la douceur et la tendresse. Parfois, c’est moi qui le pousse à être plus « violent ». Je découvre ce que c’est le désir. Il me manque. J’ai envie d’être avec lui, dans ses bras. Je n’avais jamais ressenti ça de ma vie. Je ne comprends pas ce qui m’arrive. Quand je suis avec lui, c’est comme si mon corps savait certaines choses. Mon esprit n’est plus là. Et mon corps prend la parole. C’est l’expérience de ma vie. Si je ne l’avais pas rencontré, je ne sais pas quand j’aurais pu rencontrer quelqu’un. C’est exactement la personne qu’il me fallait, et je la trouve sur ma route. Je n’aurais pas pu le faire il y a un an. C’est l’aboutissement de toute une démarche en psychothérapie qui s’est progressivement rapprochée du corps. »

« Au niveau du ressenti du plaisir, j’étais complètement bloquée. J’avais déjà pratiqué la masturbation, mais sans succès. Je pouvais essayer de m’imaginer une situation excitante (par exemple quand je fréquentais cet Italien), et au moment où j’aurais pu ressentir quelque chose, ça bloquait (il me venait d’autres images, horribles), et je pleurais. Avec Thierry, j’ai découvert l’orgasme à la quatrième séance. Je crois bien que c’était ça. C’était une sensation très étrange. Mais je ne l’ai plus ressenti depuis. Le mental y est sûrement pour quelque chose. Les séances m’apportent surtout du plaisir, ce qui est déjà immense. Au départ, tout ce qui touchait aux organes génitaux était désagréable et douloureux. J’étais crispée, mais à chaque séance, ça se passait un peu mieux. Lors de la dernière séance, j’ai souhaité aller jusqu’au bout. Mais la difficulté, c’était de devoir rentrer chez moi toute seule après. Quelle situation bizarre ! Je dois quitter quelqu’un qui m’a offert le cadeau le plus magnifique. J’aurais tant voulu rester dans ses bras et être rassurée sur ce que je venais de vivre. Ce n’est pas facile de se limiter aux séances et de devoir attendre quinze jours. Après la dernière séance, j’ai eu besoin de lui écrire. Il m’a répondu, et donc j’ai été entendue, accueillie. Mais j’ai peur qu’il me dise que la thérapie est finie. Il m’a assuré que cela se déciderait ensemble, que je n’avais pas à m’inquiéter. Mais il n’encourage pas la dépendance. Il ne prend pas de rendez-vous plus rapprochés. »

« L’aspect formidable, c’est qu’il m’a sortie d’une ornière, et que ça me donne une force érotique inattendue. L’aspect terrifiant, c’est que ce désir se porte sur lui. Je compte vraiment sur lui et sur la thérapeute pour m’aider à transférer toute cette force ailleurs. Toute seule, je n’y arriverai pas. Toutes les cellules de mon corps sont en manque – alors qu’elles n’avaient jamais bronché ! En même temps, je ne le vis pas comme si j’avais 16 ans, puisque j’en ai 33. Pourtant, j’ai envie de crier mon amour sur tous les toits, mais la situation fait que c’est très difficile d’en parler. Trois de mes amies connaissent mon passé d’inceste, et je ne suis arrivée à en parler qu’à une seule. Les deux autres vont dire que je suis dans un truc tordu. Mais comme elles constatent des changements chez moi, je leur dis que je suis en train de vivre des choses, mais que je ne peux rien dire de plus. La société n’est pas prête pour entendre ça. »

« Sans la thérapie, je n’aurais jamais pu arriver à faire cette démarche vers Thierry. Mais la thérapie verbale ne suffisait pas. Je sentais bien que ma difficulté était toujours là. Comment accepter le contact physique ? Maintenant, je ne vois plus les choses de la même façon. Mes relations avec les autres sont plus apaisées. J’ai moins de craintes. Mais je n’arrive pas encore à me projeter dans l’avenir. Je pense que ce serait bien de rencontrer quelqu’un qui a fait le même travail que moi. En fait, j’ai peur de tomber amoureuse du premier homme qui passe, moi qui en était totalement incapable. Je suis un peu perdue. C’est très grisant de sentir toutes ces choses bouger en soi. Je suis comme quelqu’un qui apprend à marcher. J’étais aveugle et je vois. C’est très déstabilisant et ça transforme ma vie. Ma perception a complètement changé. Il manquait la dimension affective et amoureuse. Toute ma jeunesse, je n’ai qu’un seul axe dans ma vie : les études. Je n’avais aucune vie sociale. À la fin des études, j’ai eu l’impression que ma vie n’avait plus de sens. J’ai entamé la thérapie, et cela m’a permis de m’ouvrir. Maintenant, j’ai une vie sociale bien remplie. Et j’aborde seulement la transformation de ma vie privée. Il faut du temps. Il y a quelques années, j’ai fait partie d’un groupe de personnes ayant subi des abus sexuels. J’étais incapable de communiquer comme aujourd’hui, mais je me souviens que des personnes dans ce groupe m’ont beaucoup aidée rien qu’en parlant de leur cheminement – je me suis sentie moins seule dans ce que je vivais et surtout ce que j’avais vécu. Aujourd’hui, c’est moi qui peut parler de mes avancées. Mais chacun doit passer par un déclic personnel pour pouvoir avancer. Savoir ne suffit pas. Il faut vivre et éprouver. Et là, c’est chacun son rythme. »



Pour conclure ce petit tour de témoignages, voici un message du jour, envoyé à Thierry par une patiente qui a vécu sa première expérience de massage tantrique. Elle est mariée, mère de deux enfants, sans relations sexuelles depuis trois ans.

« Bonjour Thierry,
Déjà une semaine que j’ai fait ce délicieux et surprenant voyage en ta compagnie… J’en suis sortie bouleversée… en proie à un florilège d’émotions que j’ai laissé s’installer en douceur tout au long de cette semaine… et que j’ai envie aujourd’hui de te faire partager…
Je suis arrivée confiante… en toi et en moi, mais je n’imaginais pas pouvoir m’abandonner aussi simplement, aussi naturellement…
J’ai envie de te dire merci, infiniment merci… pour le plaisir que tu m’as donné… un plaisir que j’ai découvert différent, parce que si délicatement enveloppé dans ce temps d’avant et ce temps d’après empli d’une infinie douceur…
Bien plus que l’absence de sexe, ce sont ces instants de douceur, de tendresse, de présence à l’autre qui m’ont manqués pendant ces trois ans… je n’en avais pas conscience jusque-là…
J’ai l’impression de m’être éveillée, lors de ce voyage, à l’importance de cette présence à l’autre… La démarche tantrique fait sens pour moi et me semble juste dans mon cheminement actuel vers davantage d’épanouissement sexuel…
J’ai envie de croire que je peux (ré)apprendre à faire l’amour… autrement, différemment… et faire partager ensuite ces belles découvertes à mon compagnon…
Je pense donc que je reviendrai… »



Cinq femmes, cinq parcours très différents, et cinq façons de progresser par le travail sur le corps. Un travail qui va au-delà de la relaxation ou du lâcher prise, mais qui s’adresse directement au désir érotique. Toutes les cinq ont un point commun : elles étaient dans une impasse, et soudain quelque chose se met en mouvement. Parfois, le blocage était très ancien, très ancré dans des causes émotionnelles, et le mouvement qui se produit est d’autant plus fortement ressenti. Il faut alors un solide rapport thérapeutique pour recadrer le nouveau vécu. Parfois, le corps était simplement endormi, négligé, et il se réveille avec émerveillement. Je souhaite aux membres de CEDES de faire école, ainsi qu’ils en ont l’espoir et le désir.



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